Fontcouverte
 

La nuptialité à Fontcouverte de la fin du XVIe à la fin du XIXe siècle

Bien que n'engendrant en soi que des modifications mineures dans le volume de la population, le mariage est un phénomène démographique important et complexe.

A Fontcouverte, du XVIe siècle à la fin du XIXe, le renouvellement de la population par les naissances passe presque toujours par le mariage. La règle est généralement très bien respectée jusqu’à l'avènement de la période française (c'est moins le cas ensuite). L’analyse des mariages est donc un préalable indispensable à celle de la natalité.

Les études de nature numérique qui peuvent être entreprises concernant les mariages sont plus complexes que celles réalisées pour la naissance et la mort. En effet contrairement à la mort, le mariage :

Nous serons éventuellement contraints à contourner le caractère renouvelable du mariage en distinguant le rang des mariages successifs d’une même personne.

Les archives d’état civil et leurs limites

Les archives religieuses

La qualité de leurs informations a beaucoup varié, en s’améliorant, au fil du temps.

Les époux sont naturellement et pratiquement toujours mentionnés avec leurs prénoms ainsi que le nom et le prénom des pères des époux, l'identité des mères étant systématiquement ignorée jusqu'en 1770. On doit aussi noter que, suivant les règles de l’identité sociale, le prénom du père d’un veuf n’est généralement pas mentionné et une veuve se remariant est accompagnée seulement, dans les meilleurs cas, des nom et prénom de son dernier époux décédé.

Un mariage réduit à sa plus simple expression en 1587.

Les nom et prénom des témoins sont toujours mentionnés. Ils peuvent apporter des informations utiles à l'identification des époux mais l'indication de la parenté des témoins avec les époux n'apparait pratiquement pas avant l'époque française.

Un mariage tout à fait ordinaire en 1780

Les actes de mariage précisent, généralement à partir de 1675, les empêchements canoniques de mariage et les dispenses qui ont être obtenues du vicaire général ou de l'évêque et parfois même du Pape suivant la gravité du cas (nous avons enregistré les dispenses religieuses constatées à la cure pendant l'époque française).

Les dispenses portent le plus généralement sur les interdictions associées aux liens de parenté, le droit canonique interdisant en principe les mariages entre époux liés par un lien du quatrième degré (un arrière arrière grand-père commun par exemple) ou moins. Dans la pratique d’une société relativement fermée comme celle de Fontcouverte, les dispenses des quatrième et troisième degrés sont, semble-t-il, systématiquement accordées.

Des dispenses d’affinité peuvent aussi être accordées, par exemple quand un veuf épouse une proche parente de sa femme défunte (la sœur de cette dernière par exemple). En l'absence de contraintes réelles, les dispenses d’âge sont pratiquement inexistantes. On a seulement rencontré un cas pour le mariage d’un jeune garçon qui, à quelques jours près, n’avait pas l’âge révolu requis de 14 ans !

Encore, des dispenses pour « jours prohibés », pendant le Carême et l’Avent, sont établies quand la nécessité d’un mariage plus ou moins urgent fait que ce dernier tombe pendant ces périodes liturgiques.

De très nombreuses dispenses portent sur l’absence de publication d’un, deux ou trois des bans exigés ; elles traduisent alors le fait que certains mariages sont célébrés dans des conditions difficiles ou précipitées (en particulier pour les remariages).

Si l’un des époux n’est pas originaire de la paroisse, le curé peut le signaler.

Une attestation pour le curé d'Albiez le Vieux en 1733

On peut enfin noter que certains curés enregistrent, dans leurs registres des mariages, les attestations qu’ils donnent à un futur époux (ou épouse) de sa paroisse si ce dernier (ou cette dernière) doit se marier dans une paroisse autre que Fontcouverte. Le curé de la paroisse d'accueil est alors assuré que le conjoint est dans l’état requis par l’Eglise pour pouvoir convoler. Comme cette attestation est donnée peu de jours avant le mariage et la paroisse de célébration généralement mentionnée, il est alors possible de retrouver l’acte de mariage dans la paroisse concernée.

La principale difficulté, avec ces informations, reste donc d’identifier les époux, les ambigüités étant loin d’être rares ou les parents nous sont inconnus dans les archives les plus anciennes.

Les actes de la mairie

Un mariage ordinaire mais très documentés à la mairie en 1885.

Les actes de mariages civils à partir de 1861 sont un véritable déluge d’informations couvrant deux ou trois pages manuscrites : nom, prénom, date de naissance, âge et village d’habitation ou de naissance des époux, nom et prénom des quatre parents avec la plupart du temps leur date de naissance. Pour toutes ces personnes, si elles ne sont pas de la commune de Fontcouverte, le maire précise qu’il a eu sous les yeux la copie des actes de naissance fournis par le maire (ou le curé pour les premières années françaises) de la commune concernée qui est précisée. Il est alors presque impossible (aux erreurs près de transcription par le secrétaire de mairie) de se tromper sur l’identité des époux.

Sont également précisés les noms et prénoms des quatre témoins réglementaires, assez souvent des proches parents des époux, dont le lien de parenté ou d’amitié est précisé.

Plus aucune dispense n’a besoin d’être accordée, la loi républicaine autorisant les mariages entre cousins germains. Il en est de même pour les publications et affiches, équivalents civils des bans religieux.

Enfin, il est précisé les contrats de mariages passés et le nom des notaires qui les ont rédigés. Nous n’avons pas exploité ces informations.

Les archives des mariages sont-elles fiables ?

Un mariage est un évènement qui ne risque pas de passer inaperçu. Il y a très peu de chances que le curé ou le maire oublie de l’enregistrer. Tout au plus peut-on craindre un oubli rare de recopiage sur les registres. Un cas très particulier concerne une mariée qui a oublié qu'elle devait passer à la mairie avant de se rendre à l'église peu après le rattachement de la savoie à la France !

Un certain nombre de mariages manquent cependant de façon évidente. Si l’on retrouve des enfants qui en sont issus et nés à Fontcouverte, il s’agit alors soit d’une lacune des archives soit d’un mariage célébré occasionnellement hors Fontcouverte. Dans ce dernier cas, ces mariages peuvent concerner un seul ou les deux époux, en particulier à Saint-Jean-de-Maurienne où des jeunes Fontcouvertins, émigrés dans la vallée où ils vivent depuis un certain temps, ont pu se retrouver. S'ils ne reviennent pas dans leur paroisse d’origine, ils ne laisseront plus de traces dans l'état civil de Fontcouverte. Il faut parfois aller loin pour retrouver ces mariages extérieurs. S'ils reviennent leur mariage nous sera inconnu.

Les archives de la cure concernant les mariages souffrent de deux lacunes : partielle en 1597, 1598, 1602, totale en 1600, 1601 et enfin totale entre mars 1793 et octobre 1796 pendant l'exil du Curé Roulet.

Les contraintes sur les données

Le mariage concerne deux individus : les informations nécessaires à son traitement sont plus nombreuses que celles d’une naissance ou d’un décès.

L’étude quantitative des mariages, leur répartition dans le temps par exemple, ne nécessite pas d’autres données que la date de célébration.

Mais les études plus poussées, les plus intéressantes, obligent à connaître l’âge des deux époux. En l’absence presque générale de la mention de cet âge dans les archives religieuses, il faut donc avoir identifié les époux c’est-à-dire avoir rapproché l’acte de mariage de ceux de naissance/baptême des époux.

Le tableau suivant donne le nombre de mariages célébrés à Fontcouverte (que les époux soient de Foncouverte ou non), celui des mariages pour lesquels l'âge des deux époux est connu, soit par les actes de mariage, soit par calcul à partir de la structuration de la population et, enfin, la proportion des seconds dans les premiers. Il illustre très clairement l'évolution de la qualité des informations en fonction du temps réparti par périodes de 50 ans (la première période ajoute les mariages de la fin du XVIe siècle).

  1587-1650 1651-1700 1701-1750 1751-1800 1801-1850 1851-1900
Nombre de mariages célébrés 481 464 494 480 374 400
Nombre de mariages à époux d'âge connu 154 372 442 439 356 400
% 32 80 89 91 95 100

1587 - 1650. Le faible taux d'identification des âges des époux traduit principalement le fait que ces âges sont souvent inconnus ; ces personnes sont, pour une bonne part, nées avant le début des archives. Il s'agit aussi de la médiocrité des informations portées à l'époque dans les actes de mariage, médiocrité interdisant l'identification assurée des époux.

1651 - 1850. L'accroissement régulier du taux d'identification montre l'amélioration progressive des informations disponibles dans les registres d'état civil et celle concomitante de la structuration de la population. Lors de la dernière époque cinquantennale des actes enregistrés à la cure ce taux atteint une valeur très correcte de 95 %.

1851 - 1900. Les actes de mariage de la mairie mentionnent sytématiquement l'âge des époux. Ainsi la totalité des mariages conduit alors à la connaissance exacte de ces âges (pour autant qu'ils soient justes).

Certaines familles nous sont bien connues avec leurs nombreux enfants sans que nous possédions d’acte de mariage alors que le curé a bien précisé aux baptêmes des enfants que les parents étaient mariés. Les mariages étant suivis généralement d’une naissance guère plus d’un an après le mariage, une date approchée peut être estimée mais reste inutilisable pour les calculs précis.

Quant aux remariages des veufs et des veuves, ils ne peuvent être connus de façon certaine que si l’état de veuvage d’un (ou des deux) époux est précisé au moment du remariage. Pour les veuves, c'est très généralement le cas et ce depuis le début des archives. Quant aux veufs, il faut attendre 1710 pour obtenir l'information dans un bon nombre de cas. L’identité sociale, pratiquée pour les mariages de façon plus ou moins rigoureuse au XVIIe siècle par les curés de Fontcouverte, peut compléter l'information (absence de mention du père dans l'acte de mariage). En cas de doute ou de méconnaissance, il faut alors retrouver le décès de l’épouse défunte ou, au moins, l’arrêt brutale des naissances d'enfants, pour espérer détecter un remariage heureusement souvent très rapide des veufs.

L’étude de la proportion des personnes qui ne se marient pas est difficile, mais pas impossible, à aborder tant que l’état de célibat au décès n’est pas mentionné dans les actes, soit jusque l'époque française. Une part du phénomène de célibat nous échappe à Fontcouverte du fait de l'émigration importante, en particulier celle des jeunes en âge de se marier.

Enfin, l'état de divorce, inconcevable avant 1861, reste pratiquement inexistant après cette date jusqu'à la fin du XIXe siècle. Cela n’exclue cependant pas la séparation physique éventuelle des époux dont la trace n’apparaît pas dans les divers actes (et difficilement dans les recensements d’ailleurs peu nombreux) mais bien réelle, en particulier suite aux émigrations.

Les mariages au cours des siècles

Le graphique très simple du nombre annuel des mariages au cours des trois siècles qui nous intéressent (que nous avons prolongé jusqu’en 1950 pour illustrer les mariages des personnes nées en fin du XIXe siècle) révèle des fluctuations importantes qu’on peut attribuer, faute d'interprétation, au hasard. Mais il apparaît aussi des tendances évolutives, révélées par la moyenne mobile, non négligeables que l’on est tenté de lier aux variations de volume de la population pour les tendances à long terme, aux fluctuations dans la pyramide des âges et aux contraintes sociales ou économiques au cours du temps pour ce qui concerne les variations à moyen terme.

Globalement on peut constater les variations suivantes dont on aimerait comprendre les causes :

Différents aspects de la nuptialité

De nombreuses facettes de la nuptialité intéressent tant les démographes pour connaître les potentialités reproductives d'une population que les généticiens qui étudient, de leur côté, les conséquences des mariages sur la santé des enfants qui en sont issus.

Un point le plus généralement abordé est l'âge des époux au moment de leur mariage ou de leur remariage avec les évolutions qui peuvent être constatées au cours du temps.

Une question plus difficile à traiter est celle de l'abondance du célibat. Si des Fontcouvertins ne se marient pas en proportion importante on peut avoir là l'indice de problèmes démographiques ou économiques utiles à connaître.

Avec une mortalité élevée aux époques qui nous intéressent, le veuvage est un phénomène significatif dans la vie des couples. Savoir comment les Fontcouvertins remédient à cette éventualitée est alors instructif, parfois étonnant.

Fontcouverte est-elle une paroisse isolée dans ses montagnes ? Si ce n'est pas le cas, les lieux où les Fontcouvertins vont chercher leurs conjoints peuvent nous éclairer sur les mouvements de la population.

De nombreux mariages se produisant entre Fontcouvertins, les arbres généalogiques revèlent que chaque Fontcouvertin a beaucoup moins d'ancêtres physiquement distincts que ne le laissent croire son arbre personnel. Les ancêtres « reservent » de nombreuses fois.

Plus en relation avec la génétique, se posent tous les problèmes liés à la filiation. Ces questions nous intéressent puisqu'elles amènent à nous interroger sur des aspects particuliers de la généalogie ainsi que le problèmes de la consanguïnité. Concernant la généalogie, des surprises peuvent nous attendre. Quant à la consanguïnité, nous aimerions en connaître les conséquences dans une paroisse un peu fermée comme l'est Fontcouverte. Il s'agit, en particulier, de l'observation du développement des maladies congénitales sans doute présentes à Fontcouverte.

Enfin, à titre plus anecdotique, le comportement religieux des Fontcouvertins se retrouvent dans les mois et les jours où ils célèbrent leurs mariages.