Fontcouverte
 

La série des dénombrements de 1716 à 1738

La série presque continue des consignes du sel entre 1720 et 1738 est une opportunité pour étudier ce que ces documents sont capables de fournir comme informations sur les variations du volume de la population de Fontcouverte à court terme et sur la représentativité effective de ces informations.

Trois recensements ayant été faits en 1716, 1718 et 1734, c’est aussi l’occasion de comparer les données fournies par les deux types de dénombrements. Ils ont été traités de façon détaillée.

Parmi les consignes du sel disponibles celles de 1726, 1727, 1729 et 1734 ont été analysées de façon approfondie de façon à corriger les éventuelles erreurs de consignation. Celles de 1720, 1722, 1730, 1732, 1733, 1735 à 1738 l’ont été de façon plus succincte en vue d'établir les effectifs de la population par âge et par sexe.

Les informations disponibles sur le volume de la population de fait

Tous les dénombrements en cause ici ont été rédigés par le même secrétaire, Jean Gilbert, ce qui est un élément positif pour la continuité des enregistrements. Cependant les documents disponibles souffrent de variations de forme importantes qui laissent suspecter des biais dans le temps.

Les consignes du sel

Une page de la consigne du sel de 1734
avec sa liste touffue des feux

Bien qu’établies à des fins strictement fiscales avec des imprécisions notoires, ces consignes procurent des informations sérieuses sur le volume de la population.

Donnant la liste des personnes devant participer à l’achat du sel, on peut admettre qu’elles représentent la population de fait vivant réellement à Fontcouverte. Les personnes mentionnées qui n’en feraient pas partie sont généralement décrites comme absentes. Elles sont très rares. Il est enfin possible de regretter certaines omissions du secrétaire, non-enregistrements pouvant, pour certains, être dûs à des émigrations temporaires.

Concernant les enfants de moins de 5 ans révolus, aucun renseignement sur eux ne peut être obtenus par les consignes du del. Quant à ceux de 5 à 9 ans révolus, un doute important nous est apparu sur leur enregistrement systématique comme le prévoient les directives des Intendants. Il nous a fallu combler ces deux lacunes grâce à la structuration de la population.

Une page du recensement de 1734 avec
la liste claire des personnes, leur filiation et âge

Avec ces dernières précautions, une consigne du sel est donc susceptible de donner, au prix de quelques efforts informatiques, une estimation assez correcte du volume de la population de fait.


Les recensements

Réalisés à des époques où une réforme de la gabelle du sel était envisagée, les recensements s’intéressent à l’ensemble de la population et sont généralement très détaillés pour ce qui concerne les personnes. C’est ainsi que de nombreux individus sont portés comme absents et ne font pas partie de la population de fait. Nous les avons donc éliminés de nos statistiques. Cependant, il est très probable que des personnes ne faisant pas partie de la population de fait à notre sens ne soient pas clairement mentionnées comme absentes. Il s’agit en premier lieu du problème des absences temporaires de plus ou moins longue durée dont la distinction est difficile tant pour le secrétaire de la communauté que pour nous et en second lieu de sur-enregistrement de certains membres des familles qui ont été rattachés à ces dernières de façon abusive de notre point de vue. Les âges, quand ils sont précisés, sont des informations importante pour l'interprétation mais manquent de précision.

Les recensements donneraient donc une estimation de la population de fait très correcte à condition d'une lecture attentive permettant, en particulier, l'élimination des absents.

Situation de l’étude des dénombrements dans l’histoire démographique de Fontcouverte

A défaut d'une connaissance continue dans le temps des variations de volume de la population de Fontcouverte, nous prenons comme indicateur approximatif celles des naissances.

Dans le très long terme, un maximum est atteint entre 1660 et 1700 (avec 55 naissances annuelles). Survient alors une période de décroissance jusqu'en 1735 (avec 40 naissances annuelles) qui est suivie d'une reprise lente mais durable jusqu'en 1790 (avec à nouveau 55 naissances annuelles). 1700 et 1790 représentent les deux records absolus de naissance entre 1587 et 1900 alors que 1735 est celui des moins nombreuses naissances entre 1650 et 1850.

Pendant ce temps, les décès atteignent un pic vers 1710 (avec 52 décès annuels) suivi d'une décroissance plus ou mons régulière mais continue jusqu'en 1900 (avec 25 décès annuels).

Quant aux émigrations définitives, nous n'en avons pas d'idée précise.

A plus court terme, la période 1716 - 1738 est marquée, comme le montre le graphique du nombre annuel des naissances pris en moyenne mobile sur 5 ans, par :

La période 1716-1738 que nous étudions semble donc se situer, pour les plus jeunes, à une époque de déclin de la population avec un décalage de 5 à 10 ans entre filles et garçons.

Les variations du volume de la population de fait

Les données des consignes et celles issues de la structuration de la population permettent d’observer les variations à court terme de la population de Fontcouverte.

Le volume total de la population

Donné par les dénombrements ou calculé comme la somme du nombre des majeurs consignés et de celui des mineurs estimé à partir de la structuration de la population, il s’inscrit dans la baisse des naissances connue à l’époque. Cette réduction est particulièrement marquée entre 1716 et 1726. Un léger rebond apparaît entre 1726 et 1735. A ce stade de l’interprétation on note cependant un écart de 40 personnes environ entre le recensement réalisé en juin 1734 et la consigne du sel établie cinq mois plus tôt en janvier.

Une analyse plus détaillée est faite séparant les majeurs de 5 ans, tels qu’observés dans les dénombrements, des mineurs estimés par la structuration de la population et traitant les sexes de façon séparée.

Les majeurs de 5 ans

Leurs évolutions entre 1716 et 1738 sont relativement parallèles pour les deux sexes jusqu’en 1730, date à partir de laquelle apparaît le rebond sur les seuls hommes conformément au déficit reconnu comme très net des naissances féminines par rapport aux masculines entre 1720 et 1733.

Une anomalie apparaît en 1734 d’ampleur pratiquement égale pour les deux sexes.

Enfin, 1726 est marqué par un déficit ponctuel de 35 femmes. Nous avons tenté de trouver une explication à ce fait en comparant les consignes de 1726 et de 1727. Aucune explication certaine n’a été trouvée. Parmi les femmes manquant en 1726, on trouve un certain nombre de veuves (en général âgées) et de nombreuses femmes jeunes qui pourraient être en service provisoire hors Fontcouverte (le recensement est fait en été, la consigne en hiver). Pour ces deux catégories de personnes, on peut encore admettre que leur statut particulier dans la paroisse aurait conduit le secrétaire à les inclure dans des feux où elles sont difficilement identifiables.

Les mineurs de 5 ans

Pour les mineurs constituant une partie réduite de la population (13 à 14 %), les faibles évolutions à la baisse sont voisines pour les deux sexes. Le rebond masculin est cependant marqué.

L’anomalie de 1734 est nettement visible pour les deux sexes mais en sens inverse de celle des majeurs (tranfert possible entre majeurs et mineurs).

La particularité de 1734

Elle apparaît à l’évidence comme caractéristique des différences d'enregistrement entre un recensement et une consigne du sel, peu de paroissiens échappant à un recensement contrairement aux consignes. La comparaison des consignés, des recensés et de l'état civil permet d'expliquer entièrement cette anomalie : 45 enfants sont omis en 1734. Le même type d'étude conduit à reconnaître 37 enfants omis en 1729 et 40 en 1727.

On peut donc admettre une « fraude » systématique de 40 enfants environ dans les consignes du sel à l’époque qui nous intéresse. Il faut alors ajouter ces 40 enfants à la population de fait telle que donnée par les consignes.

Le graphique donne alors, en comparaison de la population dénombrée à partir des consignes, la population probable réelle. Les points de 1727, 1729 et 1734 sont corrigés des sous-enregistrements constatés, les points des recensements de 1716, 1718 et 1734 ne subissent pas de correction puisqu'ils donnent le détail de tous les enfants sans probabilité de sous-enregistrement marquant. Tous les autres points sont simplement affectés d'une correction de +40 individus.

La population réelle entre 1716 et 1738

Les variations du volume de la population de fait dans l’intervalle réduit allant de 1716 à 1738, marquées par le déclin des naissances, feraient passer la population totale de Fontcouverte de 1 275 paroissiens en 1716 à 1 165 en 1726 avant une remontée à 1 220 vers 1734 grâce aux naissances masculines et retombant à 1 140 - 1 150 en début 1738.

Ainsi, en une seule décennie (1716 - 1726), la population de Fontcouverte pourrait avoir subi une réduction de près de 10 % de son volume.

La précision des dénombrements

La comparaison des populations observées de proche en proche dans les dénombrements permet de penser que les estimations du volume des paroissiens vivant à un instant donné sont assez bien déterminées. A l’exception près des femmes en 1726, la continuité des nombres autorise à croire que la population de fait est connue avec une incertitude ne dépassant pas 20 personnes soit à peine 2 %. Mais cette faible incertitude est au prix d’une étude attentive des dénombrements :

Une lecture rapide des documents peut, au contraire, conduire à d’importantes erreurs. Par exemple le recensement de 1734 (bien que les recensements jouissent a priori d’une réputation bien supérieure à celle des consignes du sel) nécessite l’élimination attentive de 86 personnes parmi les 1 302 recensées. Ne pas prendre en compte cette élimination conduirait à une surestimation de près de 7 % du nombre de personnes que l’on pourrait rencontrer en 1734 sur les chemins de Fontcouverte. Dans la bibliographie, toute valeur de population de fait de la paroisse dépassant 1 300 âmes peut être considérée comme douteuse et doit en tout cas être contrôlée.

Quant à la répartition des effectifs dans les tranches successives de 5 ans des pyramides des âges elle souffre des nombreuses incertitudes sur les âges affichés dans les dénombrements où ce type d’information est donné. Le recours à la structuration de la population conduit alors à une amélioration certaine voire indispensable.