Fontcouverte
 

Les statistiques militaires de la fin du XIXème siècle

Les fiches matricules de la fin du XIXème siècle et du début du XXème comportent des indications sur l'état physique et mental des conscrits. Les décisions des conseils de révision et des commissions de réforme apportent des élément concernant les pathologies de goitre et de crétinisme.

Les difficultés d’interprétation proviennent du but dans lesquels les fiches sont établies. Suivant les nécessités militaires (en particulier lors de la Grande Guerre), les critères de tri sont plus ou moins contraignants, les diagnostics des conseils de révision et des commissions de réforme sont plus ou moins poussés. En particulier un critère simple à observer et conduisant à la réforme ou à l’ajournement peut être mentionné sans que d’autres critères plus intéressants pour nous ne soient notés. Là encore, ni l’objectivité, ni la représentativité statistique ne peuvent être assurées. Peut-on au moins retenir des ordres de grandeurs à comparer aux autres statistiques souffrant des mêmes défauts.

Les fiches antérieures à la classe 1878 sont pratiquement inexploitables. Nous divisons celles utilisables en deux périodes :

Les causes de réformes ou d’ajournement retenues sont celles mentionnées lors du conseil de révision ou des commissions de réforme suivant immédiatement le conseil de révision. Toutes les anomalies constatées plus tard, en particulier au cours de la Grande Guerre ou à sa suite, ne sont pas pris en compte (altération du comportement physique ou mental du fait de blessures lors des combats).

Le tableau suivant résume les constats faits pour les principales causes de réforme ou d’ajournement.

Classes 1878 - 1913
293 conscrits
Classes 1914 - 1921
96 conscrits
Causes Nombre Proportion (%) Nombre Proportion (%)
Goitre 16 5 1 1
Crétinisme 2 1 3 3
Débilité idiotisme 2 1 2 2
Infantilisme 0 0 4 4
 
Epilepsie aliénation mentale 2 1 1 1
Démence 0 0 1 1
 
Taille 14 5 0 0
Faiblesse 21 7 26 27
Maladies pulmonaires 10 3 2 2
Hernie 5 2 1 1

Pour des proportions de quelques % , il est évident que les échantillons utilisables sont très réduits et les proportions calculées très instables. Dans les causes de goitrie - crétinisme, seule les goitres semblent avoir une certain signification. On remarquerait alors la très rapide diminution du mal chez les conscrits impactés par la guerre et nés dès les décennies finales du XIXème siècle (peut-être ne s'agit-il que d'une plus grande tolérance dans ces temps militairement difficiles). Les autres causes physiques telles la taille, la faiblesse ou les maladies pulmonaires ont une fréquence voisine de la goitrie.

Les faibles tailles observées pour les classes 1914-1921, correspondent très probablement de la mise en activité de Fontcouvertins de taille inférieure à la norme même si l’on constate une croissance de la taille au cours du temps.

Quant à la faiblesse, attrinuée à une nourriture insuffisante ou de mauvaise qualité, elle atteint le quart des conscrits au XXème siècle malgré les contraintes militaires (nombre de ces conscrits sont classés service actif par la suite pour contribuer aux effectifs des armées en guerre).

Enfin, les maladies pulmonaires (principalement la tuberculose) représenteraient une proportion qu’on ne connaît pas par ailleurs de quelques pourcents des conscrits.

Le tableau suivant regroupe les causes qui nous intéressent ici soit :

Une ambigüité évidente peut apparaître entre crétinisme et semi-crétinisme.

Classes 1878 - 1913
293 conscrits
Classes 1914 - 1921
96 conscrits
Causes Nombre Proportion (%) Nombre Proportion (%)
Goitre 16 5 1 1
Crétinisme 2 1 3 3
Semi-crétinisme 2 1 6 6
 
Maladies mentales 2 1 2 2

On retient, sur l’ensemble des classes 1878-1921 les proportions de :

Globalement, on pourrait retenir en toute première estimation les ordres de grandeurs suivant pour les Fontcouvertins de 20 ans de la fin du XIXème siècle :

Toujours est‑il qu'au terme des siècles étudiés, il est encore possible, en 1900, de rencontrer sur les chemins de Fontcouverte une cinquantaine (sinon plus) de crétins, demi‑crétins, idiots ou autres imbéciles.