Fontcouverte
 

Les connaissances en 1630 sur l’épidémie pesteuse

Bien des épidémies de peste se répètent en Savoie au cours du XVIe siècle. Les progrès de la science sont d’une efficacité très réduite bien que, dès le milieu du XVIe siècle, des médecins publient leurs réflexions souvent visionnaires. Mais ils sont très isolés et bien peu pris en compte. Progressivement, deux théories se font jour.

Pour les « aéristes » la contagion est liée à une infection atmosphérique par corruption de l’air (« la substance contagieuse est contenue exclusivement dans l’air qui entoure chaque malade ») telle l’influence maligne du Ciel, les vapeurs empoisonnées, les « miasmes » remontant de la terre, en particulier des cadavres en décomposition... le passage d'une comète.

Quant aux « contagionistes » dont les initiateurs remontent au milieu du XVIe siècle, ils pensent que la transmission de la peste est assurée par des êtres vivants mais trop petits pour être observables : il pourrait s’agir de vers ou d’insectes, une métaphore du mal et de la multiplication rapide des agents en cause.

Devant ces divergences, moins profondes qu’on peut le penser, les méthodes de traitement des malades peuvent être différentes mais la notion de contamination est fondamentalement acquise. Les méthodes de prévention peuvent alors converger. Les principes admis sont l’isolement pour limiter les contacts infectieux et la « purification » des personnes.

En 1721 on « arquebuse » encore les étrangers douteux
tant d'entrer illégalement à Fontcouverte !

Concernant l’isolement, on instaure depuis longtemps dans les ports méditerranéens la quarantaine dont la rigueur qui a cru dans le temps a montré son efficacité. On interdit les attroupements, foires, processions… Cette expérience positive et de simple bon sens amène les autorités locales puis celles des états à des règlementations très strictes. La Savoie, située au contact du Dauphiné souvent atteint par la peste venant de Marseille et remontant le Rhône, n’est pas en retard sur ce point. Des consignes imposées par les autorités savoyardes sont connues pour une épidémie sévissant dans les dernières années du XVIe siècle. « Organisation de la santé » et consignes sont encore renforcées en 1630. En particulier, on crée près des villages des lieux de quarantaine pour les personnes contaminées ou susceptibles de l’être. Si nécessaire des gardes peuvent être postés pour assurer la fermeture des frontières.

Par contre, les moyens de diagnostic sont très réduits. Il semble que pratiquement seule la présence sur un corps de bubons et de charbons puisse servir d’indice sûr d’une contamination au responsable de la santé d’une paroisse, ce qui est bien tardif et exclut les cas de peste pulmonaire et septicémique. D'autres symptômes fonctionnels semblent souvent incertains.

Quant à la « purification », elle consiste en un traitement des personnes, des maisons, des marchandises… par des « parfums » chimiques suffocants et autres herbes, destinés à détruire les miasmes de la maladie, en un passage au feu des vêtements, des meubles, en l’abattage des animaux domestiques (chats, chiens…). On imagine les résultats !

Si des progrès significatifs sont donc acquis dans la prévention, le manque fondamental est celui des traitements sérieux à appliquer aux malades.