Fontcouverte
 

Jusqu'à quinze générations de Fontcouvertins
Pourquoi et comment ?

Une question à cinq deniers pour justifier notre étude... et votre lecture

Si nous nous mettions, avec nos conceptions actuelle de la vie, à la place d'une mère qui vient d'accoucher à un instant quelconque de notre étude entre 1587 et 1900 et que nous nous demandions « Le nouveau-né aura-t-il lui-même des enfants ? », nous repondrions « Très probablement ! ». Si nous posions la même question à la mère qui connaissait les difficultés de la vie de son époque, sa réponse serait très probablement plus nuancée... et justifiée par nos statistiques qui nous indiquent qu'à peine plus d'un enfants sur quatre aura lui-même des descendants. Mais pour nos vieilles mères, le dur labeur et l'espoir faisaient vivre.

Avec une telle statistique, la population de Fontcouverte serait-elle réduite à néant avant le tournant du XXe siècle ? Vous le saurez en lisant les prochains épisodes de notre feuilleton !

Une famille de Fontcouverte au tournant du XIXe siècle

Pourquoi cette étude ?

Les raisons initiales de notre étude de quelques aspects du passé de Fontcouverte sont d'ordre généalogique... mais nous ne nous sommes pas intéressés qu'à nos seuls ancêtres puisque Fontcouverte nous est apparu comme une grande famille aux membres étroitement liés. Ceux qui s'intéressent simplement à leurs vieux ancêtres et les recherchent sont les premiers destinataires des résultats que nous présentons sous une forme simple et pratique.

Mais la vie d'autrefois peut être mieux appréhendée par une étude plus synthétique des informations concernant chaque personne, chaque maison, chaque village et toute la communauté. Il ne s'agit pas alors de faire une monographie exhaustive de Fontcouverte mais plutôt de rassembler nos résultats issus de l'étude de quelques points significatifs, en particuliers démographiques, en tentant d'obtenir des archives de la paroisse et de la commune ce qu'elles peuvent nous donner tout en gardant à l'esprit une certaine rigueur s'appuyant sur l'analyse quantitative des documents de base les plus crédibles. Une présentation est faite sur divers niveaux de compréhension dont le plus simple est facilement accessible à tous. Cette étude est forcément et volontairement élémentaire puisque nous nous intéressons à une seule paroisse. Enfin, il est évident qu'elle n'est pas parfaite mais vaudra la peine d'être améliorée et complétée.

Par ailleurs, si elles peuvent être utiles à leurs études plus générales, plus rigoureuses et plus précises, les spécialistes de la démographie historique trouveront la totalité de nos informations locales sous une forme informatique facilement transposable aux bases de données démographiques.

Ainsi notre « pourquoi » généalogique s'est grandement élargi ! Nous aimerions que notre travail serve à tous ceux qui souhaitent un peu mieux connaître le passé de Fontcouverte et, pouquoi pas, apporte quelques informations aux historiens et démographes qui s'interessent aux vieilles populations de Savoie ou d'ailleurs.

La généalogie mène à tout… à condition d'en sortir !

Nous ne sommes pas des historiens, encore moins des archivistes, des paléographes, des ethnologues, pas même des démographes. Mais bien plus d'un demi millier de nos ancêtres directs connus dorment au cimetière de Fontcouverte, certains depuis la fin du XVIe siècle. Nous avons aussi quelques restes de latin de lycée et assez de patience pour lire et relire quelques 30 000 actes des archives paroissiales et communales de Fontcouverte ou d'autres localités voisines et parfois pour déchiffrer l'impossible. Énormément de travail mais aussi beaucoup de plaisir ! Enfin, nous bénéficions d'une certaine habitude des moyens informatiques actuels tant dans le domaine de la gestion des bases de données performantes que dans celui du développement d'outils informatiques de traitement des données.

Avec au départ une motivation généalogique, c'est bien sûr aux actes d'état civil paroissiaux et municipaux que nous nous sommes attaqués en priorité. Notre expérience antérieure nous avait maintes fois prouvé qu'une remontée généalogique avait toutes les chances de se fourvoyer rapidement dans des voies sans issue, voire totalement erronées, si nous nous contentions de rechercher nos ancêtres directs ou apparentés proches. Nous avons donc pensé utile d'exploiter l'ensemble des archives disponibles de façon à éviter autant que possible ces voies de garage d'autant plus probables que Fontcouverte a été longtemps une petite localité relativement fermée sur elle-même avec ses ruelles généalogiques sans noms affichés sur ses murs ou ses impasses portant le même nom. Nous avons ainsi transcrit tous les actes d'état civil depuis 1587, nous arrêtant aux limites des possibilités légales d'accès aux archives mais aussi parce que de nombreuses études, plus pertinentes que les nôtres, portent déjà sur le XXe siècle au cours duquel la multiplication des phénomènes migratoires perturbe les recherches dans le domaine restreint auquel nous nous limitons. Nos recherches ont dû déborder du village de Fontcouverte pour tenir compte des migrations nombreuses de Fontcouvertins vers des localités plus ou moins éloignées.

A l'époque de nos débuts, l'accès aux Archives départementales par internet n'était pas ce qu'il est devenu tandis que les sites généalogiques accessibles étaient peu compatibles avec, parfois, une volonté délibérée de secret. Il nous fallait partir de zéro.

Ce travail, à lui seul éprouvant, nous a permis de réaliser un « film » sur la population de Fontcouverte qui couvre plus de trois siècles en reconstruisant la plupart des familles de générations en générations. Nous avons tenté de réduire autant que faire se pouvait les erreurs de lecture et d'interprétation par des relectures des actes dans diverses versions et de nombreux tests automatiques.

Un minuscule extrait de l'arbre généalogique global de Fontcouverte

Mais il reste inévitablement des fautes de lecture des actes - documents de qualité parfois médiocres voire illisibles - et de transcription, des erreurs de structuration des familles, erreurs difficilement contrôlables que comprendront bien ceux qui connaissent le domaine.

Il est rapidement apparu, à la vue des diverses archives rencontrées, que ce « film » pouvait être utilement comparé aux « arrêts sur image » que constituent les vieux documents tels que les recensements et les consignes diverses, que nous avons également exploités. Nous avons enfin tiré profit de divers documents rédigés souvent par les curés qui avaient, avant nous, un accès privilégié aux informations alors archivées dans leur cure.

Nous n'avons pas (ou peu) eu le temps de consulter d'autres documents comme les tailles ou les actes notariés qui nous auraient permis de prendre en compte, au premier chef, le statut social, la richesse ou l'extrême pauvreté des habitants, documents susceptibles d'apporter de nombreuses informations explicatives pertinentes. D'autres auront peut-être envie de le faire et nous espérons y revenir.

Enfin, nous regrettons que la plupart des sources utilisées, de nature généralement très administrative, évoquent bien peu les joies et les peines de plus 18 000 de nos vieux prédécesseurs. Nous avons cependant approché ceux-ci de façon très intime pendant plus de dix ans. Nous espérons transmettre ce contact privilégié et être pardonnés si nous aiguillons les lecteurs dans des voies pas toujours absolument certaines à la fin du XVIe et au XVIIe siècle... l'ADN s'altère avec le temps.

Comment avons nous fait ?

Avant ou presque…

Nous n'avons pas débuté notre travail, suivant les normes universitaires pour les bonnes études, en consultant l'abondante et parfois fastidieuse bibliographie publiée par les historiens, géographes, historiens-démographes et sociologues portant sur l'utilisation des archives, les méthodes d'étude des populations anciennes et les résultats qu'ils ont pu obtenir. Nous ne connaissions pas les recommandations éclairantes d'André Perret (Les sources de l'histoire communale de Savoie) sur la façon d'aborder une monographie paroissiale, ni Louis Henry, fondateur de la démographie historique, qui a sévi à partir de 1950, ni les nombreuses méthodes scientifiques puissantes d'analyse apparues à partir de 1980 et utiles en démographie historique, ni enfin la longue liste des bases de données démographiques existant dans le monde.

Une toute petite partie de la bibliographie consultée... sans parler d'internet !

Nous avons cependant largement abordé par la suite cet aspect bibliographique au cours de notre étude. Nous ne regrettons pas cet ordre peu académique... nous n'aurions jamais osé avancer certaines de nos conclusions concernant les particularités parfois étonnantes de Fontcouverte.

Pendant…

Redécouvrir le passé...
...est parfois aussi difficile que prédire l'avenir !

Concernant d'abord les documents d'état civil, il a bien fallu commencer par l'ingrat travail que constitue la lecture de tous les documents disponibles en triant ceux qui étaient dignes de foi. Nous n'avons été pratiquement limité que par la difficulté de lecture des documents, le latin des vieux actes n'étant pas, de loin, le principal obstacle. Les lacunes et les imprécisions voire les contradictions des archives dont nous avons utilisé toutes les versions disponibles sont beaucoup plus contraignantes. Les esprits les plus curieux et les plus compétents pourront se référer aux photographies des documents que nous donnons systématiquement dès l'instant que nous avons eu en main ces originaux.

Pour le stockage des informations le bon sens a suffi pour ne pas manquer l'essentiel : quelques idées évidentes pour mémoriser efficacement les informations acquises suivant les normes techniques du XXIe siècle. Il s'agit d'une base de données relationnelle suivant la norme SQL dans laquelle nous avons retranscrit la quasi totalité des informations mentionnées dans les actes, y compris celles souvent jugées secondaires mais parfois bien utiles.

Les actes de décès : en un clic, une partie des informations de 12 Fontcouvertains parmi 11 773 enregistrés

Cette phase de lecture des documents, d'adord auprès des Archives Départementales de Savoie accessibles par internet puis de relecture à partir des photographies que nous avons systématiquement réalisées des archives paroissiales et municipales, enfin d'analyse de la valeur des informations acquises et de leur transcription dans une base de données informatique n'aura pas été, de loin, la plus dévoreuse de temps.

Les ascendants et descendants de Jacques Thorain vers 1660

Alors est intervenu une phase de traitement souvent très complexe et toujours très longue qui consiste à structurer toutes ces données pour reconstituer le mieux possible les familles de générations en générations. Les moyens informatiques actuels ont, naturellement, été déterminants et pratiquement indispensables dans ce travail.

Nous avons encore dû porter nos efforts sur le croisement efficace des informations d'état civil structurées et des recensements et consignes diverses : si un recensement est bien plus riche en informations quand on connait toute la vie de ceux qui y sont mentionnés par leurs seuls noms, il permet aussi de contrôler la valeur de la structuration faite à partir de l'état civil.

Cette seconde phase que nous avons appelée « structuration de la population » et que les spécialistes nomment « reconstitution des familles » aura été longue et difficile mais peut-être la plus utile car assez rarement réalisée en remontant haut dans le temps. Une phase pratiquement automatique, donc rapide, a permis de traiter tous les cas relativement simples mais il a fallu terminer « à la main » et améliorer la structuration à l'occasion de toutes les études faites par la suite.

Les autres documents tels les recensements, les consignes de la gabelle du sel et autres archives diverses ont été saisis, longuement analysés pour détecter les erreurs des rédacteurs et tenter leurs corrections. Rédigés en français, ils seraient simples de lecture si la rédaction n'en était pas souvent brouillonne. Ils ont donné lieu à des restitutions informatiques afin d'en faciliter la lecture.

Après…

Les naissances annuelles à Fontcouverte et leurs tendances évolutives dans le temps

Concernant les méthodes puissantes de calcul moderne des démographes, il est bien peu probable que les informations disponibles à Fontcouverte leur soient suffisantes tant en quantité qu'en qualité. Nous nous sommes donc, enfin, contentés d'interprétations élémentaires naturellement limitées par le volume restreint de ces données et leur fiabilité relative.

Les bêtes « prenant sel »
au recensement de juin 1734

Elles donnent cependant quelques idées concernant la vie de la population, réduite mais homogène, d'une paroisse des montagnes de Maurienne en remontant le temps dans la totalité du XVIIe siècle et même la fin du XVIe, siècles assez rarement exploités sur lesquels nous nous sommes particulièrement penchés.

Cette phase ultime d'analyse numérique des résultats enregistrés pour en tirer des informations de synthèse sur la vie de Fontcouverte d'autrefois aura exigé énormément de temps étalé sur près de dix ans... mais combien au juste puisqu'il dépend de l'approfondissemnt toujours perfectible des études possibles.


Nous n'avons fait que réinventer, sans le savoir au départ, ce que d'autres ont fait avant nous, en France ou ailleurs, avec des moyens bien supérieurs aux nôtres. Cependant, nous ne connaissons pas de bases de données portant sur l'ensemble des habitants d'une commune savoyarde. Les seules bases existant actuellement en Savoie seraient des bases généalogiques difficiles à exploiter en dehors du domaine qui leur est propre. Existe-t-il des monographies du style de la nôtre en Maurienne, voire en Savoie ? Des comparaisons locales seraient alors très instructives... on pourrait peut-être enfin confirmer objectivement comment la peste de 1630 s'est effectivement propagée en Maurienne !